A première vue, on dirait qu’en moins de deux semaines, Apple se retrouve avec deux nouveaux concurrents sérieux pour son (jusqu’ici) indétrônable iPad. Tim Cook devrait s’en féliciter : la Surface de Microsoft et la Nexus 7 de Google et ASUS sont avant tous les signes de la panique de deux spécialistes du software qui voient leurs partenaires incapables de prendre des parts de marchés significative à Apple depuis deux ans.
Un constat d’échec

Soyons clair, Google n’a pas pour but de faire du hardware son coeur d’activité : sur le marché des smartphones, ses produits Nexus sont destinés à montrer ce qui peut se faire de mieux avec Android, à la fois aux consommateurs exigeants et aux fabricants. La tablette Nexus 7 prend ce qui se fait de mieux parmi les différentes tablettes Android et tente de montrer la voie : le prix minuscule et l’orientation “entertainment” du Kindle Fire, mais avec les capacités techniques d’une tablette ASUS Transformer. Le but est avant tout de vendre à travers cette tablette la solution de divertissement Google Play, et Google espère que Samsung, Sony et les autres imiteront le positionnement de la Nexus 7 pour ne plus avoir à s’occuper du hardware lui-même.
De son côté, Microsoft prépare avec Windows 8 et RT une interface complétement chamboulée pour rentrer dans l’ère du tactile mais semble ne pas voir arriver un produit digne de faire tourner son OS tactile. D’où l’annonce de Surface, une tablette qui ressemble avant tout à un signal lancé à Dell, HP et les autres : voilà ce qu’on peut faire sur le marché des tablettes pour faire mieux qu’Apple.
La preuve que ni Google, ni Microsoft ne cherche à se lancer sérieusement dans le hardware : Surface et Nexus 7 ne devraient pas être distribuées largement mais ne seront disponibles qu’en ligne et dans les rares boutiques Microsoft (dans un premier temps). Ce n’est pas exactement ce qu’on appelle une politique commerciale aggressive, qui ne devrait pas trop antagoniser Dell, HP, Samsung ou Sony.
Deux positionnements opposés : l’iPad est cerné
Une autre raison pour Apple de se féliciter : ni Google ni Microsoft n’essayent de l’attaquer frontalement. Google a réalisé une étude qui montre que l’usage des tablettes est à 91% personnel (et pas professionnel) et se fait à la maison. Partant de ce constat (et bien entendu en s’inspirant du succès du Kindle Fire) Google en a déduit que pour une grande partie des consommateurs payer 400 à 800€ pour un outil de divertissement, c’était trop, et tente d’envahir un segment clairement plus “entrée de gamme” que l’iPad ou que la plupart des tablettes Android.

Microsoft, de son côté, semble avoir vu les mêmes chiffres mais avoir décidé d’essayer de changer les usages en proposant avec Surface un véritable outil de travail, doté notamment d’un clavier/couverture inspiré des tablettes Transformer d’ASUS, et surtout d’un OS Windows capable de faire tourner de véritables logiciels professionnels là où Android comme iOS auraient bien du mal (Quick Office peut éventuellement remplacer la suite Microsoft, mais qu’en est-t-il de Photoshop, par exemple ?). Ce positionnement a un prix, bien entendu, et Surface devrait vraisemblablement coûter plus cher qu’un iPad.
C’est donc plutôt bon signe pour Apple de voir ses concurrents renoncer à un choc frontal. La firme de Cupertino a de plus une capacité à fidéliser ses clients qui lui permet d’aborder l’avenir plutôt sereinement, mais il ne faudrait pas trop se reposer sur ses lauriers : le marché des tablettes est destiné à une croissance gigantesque, et un nouveau client à qui on proposerait une tablette largement “good enough” à 200$ et une autre à 800$ qui offre toutes les fonctionnalités d’un MacBook Air pourrait avoir du mal à comprendre l’intérêt d’un iPad coincé entre ces deux propositions plus “tranchées”.
Apple pourrait bien entendu réagir en proposant enfin la tablette 7 pouces dont la rumeur parle depuis si longtemps, ou en proposant sa propre “keybord cover”. A moins qu’Apple n’ait qu’à regarder ces deux nouvelles tablettes échouer, comme tant d’autres avant elles… Ce qu’on ne souhaite pas, car si la tablette est le marché de l’avenir, alors il serait bienvenue qu’il ne soit pas un monopole.
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