
Le dilemme du CEO : exécuter ou explorer ?
WE LOVE ENTREPRENEURS, une série pour accompagner les fondateurs de startups dans leurs projets de startup.
Diriger une startup en 2025 impose de tenir deux rôles en tension permanente. D’un côté, l’exécutant : focalisé sur l’opérationnel, la livraison produit, la croissance mesurable. De l’autre, l’explorateur : attentif aux signaux faibles, aux ruptures, aux zones d’incertitude stratégiques. Or, exécuter et explorer ne sollicitent ni les mêmes ressources, ni les mêmes rythmes, ni les mêmes instincts. Ce dilemme structurel du CEO est rarement adressé frontalement, mais il est décisif. Mal géré, il produit inertie, aveuglement ou dispersion. Bien négocié, il devient un avantage.
Exécuter : livrer, stabiliser, rentabiliser
L’exécution est la face visible du métier de CEO. Elle exige rigueur, cadence, focus. C’est le terrain du plan produit, des métriques hebdomadaires, de la chaîne de valeur. Elle repose sur une logique de performance : chaque décision doit améliorer une variable clé — acquisition, rétention, revenus, marge.
Dans cette posture, le CEO est un opérateur. Il coordonne, cadence, mesure. Il assure que l’organisation transforme sa vision en livrables concrets. À court terme, c’est une condition de survie. Sans exécution, il n’y a ni clients, ni revenus, ni crédibilité.
Mais exécuter, seul, ne suffit plus. Car l’environnement évolue plus vite que les roadmaps.
Explorer : questionner, observer, repositionner
Explorer, c’est s’exposer à l’inconnu. C’est investir du temps sur des questions sans ROI immédiat. C’est tester une hypothèse, imaginer une nouvelle frontière produit, observer les mutations du marché.
C’est aussi accepter de mettre en pause ce qui fonctionne pour mieux anticiper ce qui viendra. À rebours de l’exécution, l’exploration est inefficiente par nature : elle produit peu, mais découvre beaucoup. Elle dérange l’organisation car elle introduit du doute là où l’on attend des certitudes.
Et pourtant, toute entreprise qui n’explore pas devient obsolète, parfois sans même le voir venir.
L’asymétrie du dilemme
Ce dilemme n’est pas symétrique. Il est toujours plus valorisé (et plus mesurable) d’exécuter. Les équipes attendent des décisions rapides. Les investisseurs demandent des courbes. Le marché juge sur la livraison, pas sur l’intuition.
Résultat : de nombreux CEOs sacrifient l’exploration par pression contextuelle. Ils deviennent de meilleurs chefs d’orchestre, mais de moins bons stratèges. Et découvrent trop tard qu’ils ont optimisé une trajectoire dépassée.
À l’inverse, certains profils très visionnaires s’enferment dans l’abstraction. Ils théorisent, pivotent trop vite, fatiguent les équipes et perdent le lien avec l’opérationnel.
La solution n’est ni dans le repli, ni dans la fuite en avant. Elle est dans la gestion consciente de l’équilibre.
Savoir osciller : la compétence cachée du CEO
Le CEO rationnel ne choisit pas entre exécuter ou explorer. Il alterne, selon une discipline précise :
-
- Il sanctuarise du temps stratégique, chaque semaine, pour la réflexion exploratoire (veille, signaux faibles, appels marché, essais).
- Il structure l’équipe pour déléguer l’exécution au bon niveau, sans microgestion.
- Il accepte de suspendre l’efficacité immédiate pour poser une hypothèse neuve ou tester un risque calculé.
- Il évalue ses décisions à deux horizons : le trimestre et les deux prochaines années.
- Il inscrit dans sa culture que changer d’avis est une compétence, pas une faiblesse.
Autrement dit, il assume que l’entreprise n’est pas une ligne droite, mais une série d’ajustements dans l’incertain.
Exemples concrets de bascule bien négociée
- Figma a exploré le passage d’un outil design solo à un écosystème collaboratif, en intégrant feedbacks non linéaires issus de sa communauté. Une exploration payante.
- Airbnb a exécuté à l’extrême pendant sa croissance, mais a su explorer en profondeur pendant la pandémie pour redéfinir son produit autour du “voyage lent”.
- Slack, initialement jeu vidéo, devient plateforme de productivité via une bascule stratégique. L’exploration s’impose quand l’exécution stagne.
Découvrez notre documentaire WE LOVE ENTREPRENEURS avec Xavier Niel, Jacques Antoine Granjon, …
- Comet Software, le nouveau build-up du Saas B2B fait son entrée au palmarès WE INNOVATE 500 - 03/04/2025
- Amazon veut concurrencer Starlink / Trump déclenche une onde de choc et pas que boursière / Meta sous pression - 03/04/2025
- Fairly Made lève 15 millions d’euros pour accélérer la transformation numérique de la mode responsable - 03/04/2025