HARD RESET

L’IA comme vernis stratégique : le nouveau « bullshit-as-a-service » du SaaS ?

Une tendance s’impose depuis quelques mois dans le SaaS B2B : l’intelligence artificielle est devenue la couche de peinture fraîche qu’on applique sur tous les produits (et d’autant plus s’ils sont particulièrement fatigués.)

Exemple:

  • Vous avez un logiciel de gestion RH qui stagne ? Ajoutez un “assistant IA”.
  • Un dashboard d’analytics qui ne vend plus ? Mettez-y un “copilot”.
  • Une plateforme e-commerce qui peine à croître ? Parlez de “personnalisation par LLM”.

Dans l’écrasante majorité des cas, ce vernis ne cache qu’une chose : l’absence totale d’innovation.

Le syndrome du slide “AI-first”

Depuis ChatGPT, chaque pitch deck inclut son slide “AI-first architecture”. On y lit des termes comme “fine-tuning”, “multi-agent framework”, “embeddings pipeline”… Mais dès qu’on creuse, tout repose sur quelques appels API à OpenAI ou Hugging Face, souvent pilotés en no-code. Pas de modèle propriétaire, pas de complexité métier intégrée, pas de barrière à l’entrée.

Et pourtant, ces entreprises lèvent. Car les investisseurs aussi veulent leur dose d’IA.

Un indicateur : la dissonance produit

Posez ces trois questions à une startup “IA-powered” :

    1. Quelle part de votre produit serait inutilisable sans IA ?
    2. Quel gain mesurable vos clients obtiennent grâce à cette brique IA ?
    3. En quoi votre usage de l’IA est défendable face à un concurrent qui ferait la même chose dans 3 mois ?

La plupart hésitent. Ou esquivent. C’est le signe qu’on est dans du bullshit stratégique, pas dans une vraie dynamique produit.

L’illusion du moat

Beaucoup pensent que l’IA va devenir leur moat. Mauvaise nouvelle : ce qui s’achète en API n’est pas un moat.

Ce qui fait un moat, c’est :

    • Des données propriétaires massives, bien structurées.
    • Des cas d’usage métier profondément ancrés.
    • Des effets de réseau ou d’intégration difficilement réplicables.

À qui la faute ?

Aux startups ? Oui. Aux investisseurs ? Aussi. Mais surtout au climat ambiant qui pousse à “paraître IA” plus qu’à être utile. Une startup qui dit “on fait du SaaS solide, bien exécuté, avec peu d’IA” passe presque pour ringarde. Et pourtant, ce sont souvent ces boîtes-là qui le font le mieux mais passent pour ringardes.

En conclusion

L’IA peut transformer les modèles SaaS — mais pas en tant qu’argument marketing. Elle n’est ni un shortcut vers le product-market fit, ni une assurance contre le churn.Alors, avant d’ajouter une brique IA à votre roadmap, posez-vous une seule question honnête :Est-ce que ça crée une vraie valeur pour mes clients, ou est-ce que ça me fait juste paraître smart en board meeting ?

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