
Coté Telecom, quel bilan pour l’édition 2025 du Mobile World Congress?
Edition spéciale Mobile World Congress 2025
MWC 2025 : une industrie des télécoms face à un tournant stratégique
L’édition 2025 du Mobile World Congress a consacré l’évolution d’un secteur télécom en mutation accélérée. Derrière les démonstrations technologiques et les annonces des acteurs majeurs de l’industrie, une réalité s’impose : la transformation du modèle économique des opérateurs est devenue une nécessité. L’essor de l’intelligence artificielle, la consolidation du marché et la pression exercée par les géants du numérique imposent une redéfinition des stratégies. La simple fourniture de connectivité ne suffit plus. Face à l’érosion des marges et à l’explosion des usages, l’innovation ne se limite plus aux infrastructures, mais s’étend désormais aux services et aux modèles de monétisation.
Les services clients des opérateurs ont fait un bond en avant avec des solutions comme A.Aster de SK Telecom ou Exogen de LG U+. Bien plus qu’un simple assistant vocal, A.Aster ne se limite pas à répondre aux questions : il exécute des actions complexes, comme réserver un billet d’avion après avoir vérifié l’emploi du temps de l’utilisateur et comparé les tarifs.
L’intelligence artificielle s’impose comme l’élément structurant des évolutions en cours. Son intégration dans les réseaux, qu’il s’agisse d’optimisation des performances, d’automatisation des opérations ou d’amélioration du service client, devient une réalité opérationnelle. L’IA générative permet aux opérateurs d’affiner la gestion des flux de données et de renforcer la résilience des infrastructures. Son application dépasse toutefois la seule dimension technique. Elle alimente des stratégies de différenciation, en facilitant le développement d’offres à valeur ajoutée dans les services cloud, la cybersécurité ou encore les solutions de connectivité sur mesure pour les entreprises.
Les opérateurs historiques, à l’instar de Deutsche Telekom, SK Telecom et KT Corp, ont présenté des architectures réseaux totalement autonomes. Le modèle AI-RAN développé par SK Telecom en est une illustration probante : cette station de base intelligente ajuste dynamiquement la puissance du signal selon la densité des utilisateurs, réduisant de 50 % les interruptions de service en cas d’afflux massif.
De son côté, Deutsche Telekom a mis en avant son concept de « RAN Guardian AI », un système capable de détecter et d’atténuer les pannes réseau avant qu’elles ne surviennent. Dans les zones urbaines denses, cette technologie a permis une réduction de 30 % des appels interrompus, une avancée significative pour la fiabilité des services mobiles.
La question de la monétisation des réseaux reste au cœur des préoccupations. L’augmentation continue de la consommation de données, stimulée par le streaming, les applications immersives et les usages industriels, fait peser une pression accrue sur les infrastructures. Les opérateurs peinent à capturer la valeur générée par ces flux. L’enjeu dépasse le simple ajustement tarifaire. Il s’agit de repenser la relation entre les fournisseurs de services et les propriétaires d’infrastructures. Le débat sur le « fair share », qui vise à contraindre les grandes plateformes numériques à contribuer au financement des réseaux, demeure vif.
Sécurité : un enjeu central face aux cybermenaces croissantes
L’essor de l’IA et des infrastructures intelligentes pose des défis majeurs en matière de cybersécurité. Les télécoms deviennent des cibles privilégiées pour les cyberattaques, rendant la sécurisation des communications et des réseaux essentielle.
Détection proactive et réponse automatisée aux menaces
Les opérateurs intègrent désormais l’IA dans la cybersécurité avec des systèmes capables de détecter et de neutraliser les attaques en temps réel. Deutsche Telekom a développé un modèle basé sur l’IA qui analyse en permanence le trafic réseau pour repérer des anomalies et bloquer instantanément les attaques DDoS.
Dans le même esprit, LG U+ a mis au point un pare-feu IA, capable d’identifier et de filtrer les tentatives de phishing vocal (vishing), réduisant de 80 % les incidents liés aux fraudes téléphoniques.
Exogen analyse en temps réel les conversations téléphoniques et interrompt automatiquement un appel suspect en cas de tentative d’escroquerie. Avec 95 % des fraudes bloquées lors des phases de test, ce dispositif pourrait devenir une norme dans la lutte contre les arnaques téléphoniques.
Chiffrement et protection des données utilisateurs
Avec l’augmentation des services connectés, la protection des données personnelles est devenue une priorité absolue. Huawei et ZTE proposent des solutions de chiffrement avancées, garantissant la confidentialité des communications, même sur les réseaux 5G et futurs 6G.
Les nouvelles normes mises en place par le GSMA imposent désormais aux opérateurs une gestion plus stricte des accès et des autorisations, afin de limiter les risques liés aux attaques internes et aux fuites de données.
L’arrivée à maturité de la 5G marque une nouvelle phase dans le développement des infrastructures. Si la couverture s’étend progressivement, le retour sur investissement reste incertain pour de nombreux acteurs. La question de la 6G, encore à l’état de prospective, s’invite déjà dans les discussions. Elle pose des défis techniques et économiques considérables, notamment en termes de spectre et d’architecture réseau. L’émergence du cloud et de l’edge computing constitue un levier de transformation pour optimiser les capacités de traitement et réduire la latence des applications critiques. La souveraineté numérique devient un axe structurant des politiques d’investissement, avec une volonté accrue de limiter la dépendance aux hyperscalers américains et chinois.
Les impératifs environnementaux s’imposent comme une variable incontournable des stratégies d’entreprise. La réduction de l’empreinte carbone des infrastructures télécoms constitue une priorité, sous l’effet conjugué de la pression réglementaire et des attentes des investisseurs. L’amélioration de l’efficacité énergétique des réseaux, le développement de nouvelles pratiques d’optimisation de la consommation et l’adoption de modèles plus vertueux en matière de gestion des équipements sont au cœur des initiatives. Toutefois, ces efforts doivent composer avec les impératifs de rentabilité et les besoins croissants en capacités de traitement.
SK Telecom a présenté son initiative AI Superhighway, une infrastructure cloud dont les systèmes de refroidissement intelligents permettent une réduction de 25 % de la consommation énergétique, soit une économie de 10 millions d’euros par centre de données.
L’expérimentation d’Ericsson à Stockholm va encore plus loin : l’IA y gère en temps réel la mise en veille des antennes 5G inutilisées, adaptant les réglages pour minimiser la consommation d’énergie sans impacter la qualité de service.
La consolidation du marché télécom s’accélère, avec des mouvements de rapprochement entre opérateurs, notamment en Europe et en Asie. La mutualisation des infrastructures devient un levier d’optimisation incontournable, dans un contexte où la densification des réseaux exige des investissements toujours plus lourds. Les alliances avec les géants du cloud et les fournisseurs de solutions d’intelligence artificielle prennent une dimension stratégique, traduisant une volonté d’intégrer des services différenciants et de capter de nouveaux relais de croissance.
Reste à savoir comment consolider le secteur des télécoms en respectant la souveraineté des États ?
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