VERSO lève 5,4 millions d’euros : une nouvelle génération de plateformes d’études consommateurs émerge
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La startup parisienne rejoint un marché où Outset, GetWhy et Listen Labs automatisent la conduite des entretiens et l’analyse des réponses. Ces plateformes cherchent aussi à rendre les enseignements consultables au fil des décisions. Les instituts établis et les grands éditeurs de logiciels prennent eux-mêmes position sur ce terrain.
Huit semaines pour obtenir des enseignements consommateurs, puis une décision qui ne peut pas toujours attendre. Ce décalage constitue le point de départ de Verso. « Nous accédons désormais quasi instantanément aux insights consommateurs, là où il nous fallait 8 semaines avec les approches traditionnelles, sans sacrifier la qualité », témoigne le responsable des études internationales de Ferrero, l’une des plus de 30 entreprises utilisatrices annoncées par la jeune société, aux côtés d’Orange et de Michelin.
La comparaison décrit une expérience client, dont le type d’étude et le protocole d’évaluation ne sont pas précisés. Elle éclaire néanmoins le besoin auquel répond une nouvelle génération d’acteurs : rapprocher la collecte des opinions, leur analyse et leur utilisation par les équipes marketing, produit ou innovation.
Avec Verso, fondée en 2025, ce mouvement prend une forme française. La plateforme conduit des entretiens avec de vrais consommateurs, puis conserve les résultats dans une base de connaissances que les équipes peuvent interroger. L’ambition porte sur la place des études dans l’entreprise : produire plus rapidement des enseignements et leur permettre de circuler au-delà de la première décision pour laquelle ils ont été recueillis.
Réunir la conception, les entretiens et l’analyse
Verso couvre les principales étapes d’une étude qualitative, le client précise la question à résoudre, un guide d’entretien est préparé, puis les participants sont recrutés à travers des panels ou la base clients de l’annonceur. Un agent IA conduit les échanges individuels par vidéo ou voix, avec des relances adaptées aux réponses. La plateforme synthétise ensuite les propos recueillis et permet de les consulter.
Les usages présentés vont du test d’un concept de produit ou d’un packaging à l’évaluation d’un message publicitaire, en passant par la compréhension des motivations d’achat. La recherche qualitative vise ici à explorer les raisons d’un choix, les réserves ou les attentes que des réponses fermées peuvent laisser de côté.
L’intégration des différentes étapes permet de réduire les opérations successives de préparation, de collecte et de restitution. La possibilité de conduire plusieurs entretiens simultanément modifie aussi l’échelle à laquelle ces recherches peuvent être menées. Verso revendique des enseignements obtenus environ dix fois plus vite, pour un quart du coût d’un institut traditionnel, en interrogeant quinze fois plus de consommateurs.
La responsabilité méthodologique demeure. Dans un entretien à Market Research News, en mars 2026, Lydia Bellahouel expliquait participer au cadrage des études avec des spécialistes indépendants. Elle soulignait également la possibilité de revenir aux verbatims, aux transcriptions et aux vidéos sur lesquels reposent les conclusions. Cette traçabilité permet au client d’examiner une synthèse et d’en discuter l’interprétation.
Une expérience du conseil convertie en produit
Le projet vient de la rencontre entre une expérience des grandes entreprises et une compétence de développement technologique. Diplômée d’HEC, Lydia Bellahouel a passé sept ans au BCG, où elle a travaillé sur la transformation marketing et l’innovation, notamment auprès de marques de grande consommation.
« Au BCG, j’ai vu de grands groupes passer à côté de centaines de millions de dollars de revenus chaque année parce qu’ils n’avaient pas accès à des insights consommateurs exploitables au moment de décider », explique la cofondatrice et directrice générale.
Camille Epitalon, titulaire d’un double diplôme de Polytechnique et HEC Paris, apporte une expérience acquise chez CO2 AI dans le développement produit et les systèmes d’IA.
L’accompagnement par Hexa, dont le modèle associe création de startups et investissement inscrit également Verso dans une démarche de construction de logiciel B2B. La société doit désormais démontrer que ses premiers usages peuvent devenir des pratiques régulières chez ses clients.
Un champ concurrentiel déjà international
Verso entre dans un marché où plusieurs sociétés proposent des entretiens conduits par IA. Aux États-Unis, Outset, basée à San Francisco, combine des échanges adaptatifs par vidéo, voix ou texte, des outils de recrutement et une analyse automatisée. Son offre couvre aussi bien l’exploration des attentes que les tests de concepts et d’usage.
Au Danemark, GetWhy réunit la conception des études, le recrutement, les entretiens vidéo et la restitution. La société associe cette technologie à une expertise de recherche et vise notamment les grandes marques. L’émergence de ce marché concerne donc plusieurs pôles européens.
Listen Labs, développée à San Francisco, automatise également la préparation des études, les entretiens et la synthèse. Salesforce a annoncé le 29 septembre un accord pour l’acquérir.
Faire vivre les enseignements après l’étude
La proposition de Verso se prolonge après la restitution. La société construit des personas consommateurs enrichis par les études successives : des représentations de segments qui rassemblent leurs attentes, leurs motivations et leurs réactions. Les équipes peuvent ainsi comparer les segments et suivre l’évolution des attitudes.
Cette continuité pourrait élargir les usages. Une recherche commandée pour un lancement de produit peut éclairer une question ultérieure de communication, si les informations recueillies sont adaptées à cette nouvelle interrogation. L’historique devient alors une ressource consultable par des équipes qui n’ont pas nécessairement participé à l’étude initiale. Ce prolongement rejoint les enjeux de transformation du marketing relationnel dans le retail, où la connaissance client doit pouvoir orienter les décisions opérationnelles.
La valeur de cette base dépend toutefois du contexte qu’elle conserve. Une réponse a été obtenue à une date donnée, auprès d’un profil déterminé, sur un marché et dans des conditions précises. Ces éléments doivent accompagner les conclusions pour éviter qu’une observation ancienne ou locale soit utilisée trop largement.
Verso prévoit d’ajouter des données quantitatives et des informations issues des conversations sur les réseaux sociaux. Leur rapprochement peut enrichir la lecture d’un sujet, à condition de préserver les différences entre les populations interrogées et les situations observées. L’interprétation d’un entretien, d’une enquête et d’un commentaire public exige de savoir ce que chacune de ces sources permet réellement d’établir.
Des données qui doivent aussi devenir utilisables par les agents IA
La feuille de route prévoit également un accès pour les agents IA intégrés aux processus des entreprises. Ces systèmes pourraient consulter la base consommateurs pour réaliser une première analyse avant qu’une équipe ne tranche sur un message ou une proposition de produit.
Cette perspective augmente l’exigence de traçabilité : une recommandation devrait permettre de retrouver les réponses qui la soutiennent et de reconnaître les limites de leur portée. Elle suppose aussi de préciser les situations dans lesquelles les données disponibles ne permettent pas de conclure.
La qualité de la collecte reste donc déterminante, et un plus grand nombre d’entretiens ne corrige pas à lui seul un recrutement inadapté ou une question orientée. Dans son entretien de mars, Lydia Bellahouel présentait l’analyse du non-verbal, des intonations et des hésitations comme un chantier en développement.
Fondée en 2025 par Lydia Bellahouel et Camille Epitalon et accompagnée par Hexa, Verso annonce un financement d’amorçage de 6 millions de dollars, soit environ 5,4 millions d’euros au taux de référence de la BCE du 8 octobre 2026. Le tour est mené par Angular Ventures, avec la participation de 100in, Kima Ventures, Olympe Capital, Sharpstone Capital et d’un groupe de business angels. Les fonds doivent financer l’intégration de nouvelles sources de données et l’accès pour les agents IA, l’expansion internationale, notamment aux États-Unis, ainsi que des recrutements en ingénierie et dans les fonctions commerciales.
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